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Loyal, pas méchant, l'ouvrier
parisien est très généreux .Un maçon prend
une voiture, se promène pendant une heure et demie, puis, en s'excusant
de n'avoir pas davantage, il donne seulement 20 sous au cocher; celui-ci
maugrée, tempête, enfin, bon enfant, finit par accepter; on
prend un verre, on trinque ensemble, l'automédon regagne son siège
quand, soudain, l'autre l'insulte:
T'es pas honteux de travailler à vil prix? 20 sous! T'as donc
pas de cur, canaille, pour trahir tes frères?
Ahuri, furieux, le cocher lève la main, les deux hommes roulent
sur le trottoir, mais c'est le cocher qui est le plus fort, il tient son
singulier client sous les genoux, il peut le frapper, l'abîmer, quand,
s'arrêtant, il dit:
Tu vois, je pourrais te faire mal, tu le mériterais, car tu
t'es salement conduit.Mais je ne t'en veux pas, t'as bu un coup de trop!
Lève-toi et faisons la paix.
Pour écrire ce petit chef-d'oeuvre de
la littérature populiste, le journaliste Henry Leyret s'était
fait bistrottier pendant quelques mois. C'est un témoignage de première
main, précis et plein d'humour, sur les ouvriers parisiens de la
fin du XIXe siècle.
Présentation d'Alain Faure 67 F ISBN : 2-913112-04-8 |